Autres, Mon Petit Monde à Moi

Je l’ai voulu, je l’ai eu : mon 5e accouchement physio

Je suis l’image même de la bobo. Naturopathe. Qui aime la nature. Qui fait l’école à la maison. Qui a allaité pendant 2 ans et plus les enfants précédents. Qui mange bio. Bref madame cliché. Quand j’ai appris ma 5e grossesse, dotée d’une entorse à la cheville, j’ai pris la nouvelle comme une claque.

J’ai détesté cette grossesse. On n’est pas toujours obligée de dire que la grossesse c’est hyper épanouissant. Non. J’ai été beaucoup en bad mood. Pour ma 4e déjà, la grossesse ce n’était pas ma tasse de thé. Et après celle là je sais que c’est définitivement le dernier bébé. 5 c’est bien. Mais pour autant que le parcours grossesse ait été fastidieux, pas physiquement, ouf, à part quelques nausées et migraine au premier trimestre, mais psychologiquement surtout, je voulais un accouchement physiologique. C’est sûr. Indéniable.

On m’a volé mon premier accouchement il y a 17 ans. Je ne connaissais rien, je n’avais lu aucun livre de maternage, je n’avais pas internet. Bref. Une primipare bien démunie. Quand on m’a proposé un déclenchement à J+6, j’ai dit oui bêtement à l’époque. Horrible. On m’a laissé 12h d’affilée seule face à moi même dans une pièce. De 8h du matin à 20h. Je n’avais personne à mes côtés. Quand on m’a dit : on vous fait la péridurale, j’ai dit oui parce que je pensais que c’était impossible autrement. Quand on a sorti la ventouse pour extirper mon bébé j’ai dit oui. Quand on m’a recousu à vif une épisiotomie non demandée j’ai dit oui. Bref. Un acte médical a été fait ce jour là. En aucun cas un accouchement.

Je suis retombée vite enceinte de ma deuxième fille, aux 6 mois de la première mais cette fois ci toujours sans avoir lu quoi que ce soit, et n’ayant toujours pas internet, j’ai décidé que je prendrais le contrôle de cet accouchement. Et grand bien m’en a pris. Je ne me suis jamais vraiment remise de la péridurale qui m’a causé des maux dans le creux du dos très longtemps. J’ai traîné une fatigue léthargique pendant longtemps. Cette fois avec bébé 2, j’ai fait le travail à la maison dans ma bulle, je suis arrivée dilatée à 8cm à la clinique. On m’a mise dans une pièce calme et ensoleillée. J’ai accouché deux ou trois heures après sans péridurale, sans épisiotomie. Avec des douleurs d’enfantement certes, mais totalement gérable. Instinctivement.

Pour bébé 3 et 4 rebelote, travail à la maison, deux gros bébés de 4kg 500 ,même shéma, quelques difficultés à sortir bébé 4 car j’étais épuisée et elle avait les épaules bien trapues, mais idem pas d’episio pas de péri bref. En soi, des succès à mes yeux.

Pour cette dernière grossesse j’avais 16 ans de plus que pour la première. Ça entrait en considération pour le corps médical. On m’a collé un diabète gestationnel sur le dos après une seule mesure au dessus ( je me suis piquée toute ma grossesse mon taux était aux alentours de 0.78 tout le reste du temps). On m’a collé l’image d’une maman qui fait des grossesses macrosomiques. À surveiller. Bref. La totale. J’avais beau leur répéter que c’était mon métier, que je savais prendre soin de ma santé, que je ne ressentais pas le besoin des bas de contention, que j’allais bien. Non. Il fallait être vigilant.

Sentant la patate à plein nez, j’ai préparé un plan de naissance détaillé avec tout le déroulé de l’accouchement que je souhaitais. Je l’ai envoyé par mail à la chef du service gynécologie de l’hôpital où j’allais accouché. Parce qu’on me parlait déjà de déclenchement. 4 échographies de contrôle. Puis 5. Madame vous n’êtes pas sérieuse on vous prévoit un bébé de 4kg 700 au vue des mesures.

J’ai rien lâché. Madame vous accouchez toujours après terme ce n’est pas sérieux vous vous mettez en danger vous et bébé. Non je connais mon corps et je sais ce que je fais. Contrôle tous les 2 jours, moniteur, prise de tension, test d’urine… Je m’y pliais juste pour qu’ils voient que j’étais consciente de mes choix et responsable.

Le jour du brevet de ma deuxième, elle me dit : « J’ai loupé le bus de mon épreuve de l’après midi ». Je dévale mes 4 étages en courant avec mon gros ventre. Je cours jusqu’à la voiture. Je speede pour la ramener aux épreuves. Je rentre à la maison. Je suis épuisée d’un coup. Je m’allonge sur le côté sur mon lit histoire de me reposer quelques minutes et là : ploc! Je perds les eaux. Première fois que ça m’arrive en 5 grossesses. Je n’avais jamais expérimenté cette sensation. Ni ne savais quoi faire. J’étais perdue. J’ai appelé l’hôpital pour leur dire. Elles mont dit :  » Vous avez une heure pour venir, on va vous ausculter » .

Ma valise était déjà prête. Mes papiers aussi. Je m’y rends donc. Et quelle erreur! On m’ ausculté, je perds les eaux en continue, on me dit qu’on ne peut pas me laisser rentrer chez moi, protocole covid. Si je sors, je ne peux plus revenir!!! Et que si il arrive quoi que ce soit je serai entièrement responsable. Je reste à contrecoeur. Je savais pertinemment que de ne pas être chez moi dans ma bulle allait ralentir le travail. Et ce fut le cas. On m’a injecté des antibiotiques toutes les 8 heures. Phobique des hôpitaux je n’ai pas fermé l’oeil pendant 2 nuits. Je faisais du ballon. Je marchais dans la cour à l’arrière de l’hôpital. J’essayais de produire le maximum d’ocytocine naturelle en mangeant des dattes et en tentant de me détendre. Mais je n’étais pas bien. J’étais frustrée. On me mettait des ultimatums. Encore quelques heures et on déclenche. Ça va finir en césarienne. Tout cette pression ne me permettait pas d’être détendue et dans un état d’esprit serein. Le travail n’avait toujours pas commencé. Mais j’étais déterminée.

Non on ne me volerait pas ce dernier accouchement. Oui j’irai jusqu’au bout de mon plan de naissance. Accoucher dans le calme. Sans péridurale. À mon rythme. Aucun compromis possible. Puis au bout de 36 h, vers 20h du soir, j’ai commencé à avoir de très très fortes douleurs. J’ai sonné pour la sage femme de garde qui m’ ausculte et me dit : « Non. Toujours deux doigts. C’est pas pour ce soir. »

Mais les douleurs se font de plus en plus fortes. À 22h je la rappelle et je lui dis que je souffre tellement, rebelote, auscultation même réponse : ouverte à deux. Mais si vous ne tolérez pas la douleur, on vous posera la péridurale, tant pis pour votre plan de naissance. Elle me parlait comme si j’étais une chochotte affabulatrice. Je savais que c’était le travail. Je savais que bébé allait venir. Minuit et demi. Je ne tiens plus de douleur, mon sacrum me brûle. Non je ne suis pas une mythomane. Je l’appelle. Je vois bien que je la saoule. Re contrôle.

Je vois son visage changer. On est à 8 presque 9 de dilatation, on part en salle d’accouchement. Le temps de me préparer, de monter à l’étage, de préparer ma petite pièce d’accouchement au calme, il est 1h30 presque 2h du matin. Je gère autant que je peux la douleur. J’avais noté que je voulais accoucher accroupie. Impossible. Je ne me sens bien que sur le côté. La sage femme me dit que je fais du bon boulot. Que je suis à dilatation complète. Ça pousse. Je ne me sens plus capable de rien. J’ai presque 48h sans dormir dans les pattes. Je veux que ça s’arrête. Ça pousse. Je n’y arriverai pas. Je sens bébé descendre. Je le sens arriver. Je sais qu’il n’est pas loin. Mais la phase de désespérance est là. C’est fini je ne veux plus. Encore une poussée madame il est là. Mytho. Vous dites toujours ça. Je le sais. Je ne veux plus. Qu’on me laisse. Madame. C’est bon. Bébé est là. Je n’en reviens pas. Je ne cesse de répéter : « J’y suis arrivée ? J’y suis arrivée ?? » Pas seulement pour signifier que j’ai mis bébé au monde mais que j’ai aussi réussi à accoucher comme je le voulais. En mes termes. Malgré toutes les pressions et les dissuasions durant des semaines et des semaines . Verdict : bébé pèse 4kg 070. Pas 700. Ahah. Un poids un peu au dessus, mais rien de ce qu’on m’avait prédit.

C’est mon message de courage à toi femme. Ton corps, ton choix. Ton corps ta décision. Ton corps, ton bébé. Ton corps ta force. Ne laisse personne te faire douter de ce dont tu es capable et ce que tu souhaites. C’est ton jour. Personne n’a le droit de te le voler.

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